28 mai 2006

Ecrits de Lee - Marine Chevriaux

  • [J'ai agis comme avant]

Y'avait des matins comme ceux-là où j'avais aucune envie particulière de
fourrer le nez en dehors de ma couette. Au creux de ces draps où mon corps
se retrouve chaque nuit enveloppé de coton. J'ai fait mon caprice ce matin
là. Je n'ai pas voulu me lever. Où plutôt, partir bosser. Etre présentable
en une heure top chrono, très peu pour moi. J'ai joué ma gamine durant 12
heures. 12 heures pendant lesquelles j'ai pas lâché l'écran de télévision.
Les séries à la con qui défilent sans cesse toute la journée, sa a du bon
parfois. Sa a le don de te bercer comme un dingue derrière le poste. Au
moins t'as la vague impression d'avoir une présence dans l'appart.
Pas coiffée, ni même passée par la case salle de bain, je défilait en
débardeur et petite culotte dans toutes les pièces. Ce que je me les
caillait. Faut comprendre aussi, le chauffage faisait lui aussi un caprice
de dernière minute. J'suis partie quelques instants dans la cuisine me faire
un chocolat. Là j'ai vu ma copine : celle qui fait sa vie autonome sur le
coin du réfrigérateur. La petite dame noire et blanche. Ma chouchoute quoi.
J'ai rien foutu de la journée. Je me suis plongée dans un bouquin sans
objectif précis. J'étais ailleurs. Une pluie fine s'écrasait contre la vitre
de ma chambre, qui donnait sur la rue pleine de bagnoles. Comment j'ai
apprécié tous ces instants. J'ai rien foutu. Je me fichais totalement de ma
vie extérieure. J'étais bien.

Je me sentais gamine. Et sa je vous jure, c'est le pied.

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Tu as tout gâché. Cette espèce d'envie furtive de tout abandonner. Tu m'as
avoué que tes sentiments, c'était que du toc. Du faux. Je croyais à une
blague. Une pure foutaise. Simple connerie sortie de l'embrasure de tes
lèvres, si aimées des miennes il fut un temps.
Je suis rentrée à l'appart ce samedi soir.peu commun au quotidien que nous
menions quelques temps auparavant. La télévision allumée, créait une
ambiance froide et distante de toute vie humaine dans ce salon ombragé, si
ombragé par le peu de lumière qui l'accommodait.
Je suis tombée nez à nez avec ce mot écrit noir sur verre contre la glace de
la salle de bain. Ce « je ne t'aime plus ». Qui a stoppé net mon cour. J'ai
compris à quel point j'avais fait une connerie de t'avoir fait confiance. De
t'avoir confié mes peurs, comme mes envies les plus inavouables, cette
vision de la vie que j'avais avec toi.
J'ai pris mon sac noir, vide de tout, et je l'ai rempli par quelques
affaires même pas assez chaudes pour l'hiver qui glaçait depuis de nombreux
jours alors, mon corps si frêle. J'ai laissé une vie derrière moi. J'ai
claqué la porte, les larmes aux yeux. Avec l'ultime espoir que ce qui venait
de se produire n'était que passager. Que tu ne mesurais pas l'importance de
ton acte. Que tu allais revenir. Me rejoindre, pour de bon. Mais tu l'as
fait. Et tu n'es jamais réapparu.

                                                                 [Ce que
j'ai pu être conne de t'aimer].

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J'te jure des fois c'est à tomber par terre.

Mais apparemment, tu le remarque pas.

Je me suis posée cinq minutes devant mon bureau, un grand verre d'eau à mes
côtés, plantée devant mon pc. Il était trois heures du mat', et le sommeil
ne venait toujours pas. Toi, derrière moi, en train de dormir comme un gros
bébé, me donnait une envie monstre de finir la nuit en douceur de la même
façon.
Mais bon, je m'en tapais un peu, de cet idéal là, je souffrais d'insomnie
depuis quelques temps déjà. J'étais consciente que je ne pouvais rien faire.
Le silence de cette nuit là m'a littéralement retournée je crois bien. Pas
un seul bruit, juste celui de ton souffle au loin, me faisait planer.
L'ambiance était trop bonne. Il me fallait de la caféine. Je suis partie
dans la cuisine, me concocter un petit mélange, ajouté a cela un
anti-dépresseur. Et je t'assure que sa m'a refoutu les idées en place.
J'aurais aimé te faire partager ce que je ressentais. Je me sentais vivante.
Pas comme dans notre foutu quotidien. Là je peux te dire que je me sentais
observée. Aimée. Par je ne sais pas quoi mais aimée.
Tu sais, cette grande commode où je me laisse aller quelques fois. c'est
celle qui me sert de confidente parce que je crois que tu ne poses même plus
un seul regard sur moi ces derniers temps.
Après tout, y'a pas de honte à l'avouer tu sais. Tu peux le dire aux autres,
que tu me laisses crever dans mon coin toute seule tous les soirs, après ton
rituel quotidien de coups monstrueux que tu donnes a cet « amas de chair
répugnante », comme tu le nomme à chaque fois que t'a un peu trop ingurgité
cette saloperie d'alcool.

                        Enfin j'veux dire. à moi quoi.
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Juste envie de souffler.

  Juste un peu. Parce que.

La paperasse s'empile. Rien ne se trouve à son endroit initial. Mon bureau
reflète depuis quelques jours maintenant, ce qui se passe là-haut. Une envie
de faire le tri dans ma vie durant ces quinze jours de pause. Et je n'ai
toujours rien fait. Toujours rien mis en ouvre pour que au moins quelque
chose puisse changer. Même moi. En tout cas, c'est ce que l'on me conseille.
Changer.
Enfin, je ne vais pas vous raconter mes problèmes, je n'en ai pas la moindre
envie. Je crois que je rêve d'une petite place en seconde classe à bord d'un
avion, coté hublot. Juste voler au dessus des nuages durant une heure, et me
retrouver à ses côtés. Me balader innocemment sur cette promenade des
anglais, un milk-shake « goût sucré fraise » a la main, tout en le dévorant
des yeux. Me retrouver face a cette plage de galets, respirer un bon coup
cet air pur. et recharger mes batteries. Lui arracher des bisous dans le
cou, comme on peut grappiller des étoiles en un instant, c'est de ça, dont
je rêve ce soir. Une soirée en robe élégante, flûte de champagne givrée à la
main, mélodie douce, et sourires timides. Instants inoubliables. Réveils
doux et ensoleillés. Têtes décomposées, mais pour autant aimées. . A travers
la fenêtre où il fait gris, ici ce soir, en plein Paris, j'imagine ce que
pourrait être ma vie. Là-bas. A l'opposé de moi. A l'opposé de tout ce que
je vis. Et de tout ce que j'ai vécu. Ici. En ce lieu où je vous expose ce
que j'aimerais connaître sur le moment, il ne fait pas beau. La pollution
étouffe ma respiration. Les voitures ne cessent de passer sur cette route.
Celle qui passe devant chez moi. Je m'évade du mieux que je peux.
Je pense à nous. Je pense à Toi. Ma chemise de nuit en coton a passé toute
la nuit au pied du lit. Et moi je n'avais même pas froid. J'ai même essuyé
la sueur sur mon corps. Après ce que tu sais. Mon dieu ce que c'était fort.
Et bon. Je ferme les yeux, et là je vois une pièce illuminée de bougies.
Senteur vanille, coco, musc. .  Il y fait bon vivre. Un pouf près de la
cheminée m'y attend. Je prends un livre, et je m'évade entre les lignes. Et
je sens ton souffle dans mon cou. Celui qui me donne la chair de poule.
Celui que je sens vivre contre ma peau. Celui qui parcourt chaque soir 900
Kms de distance, pour me faire sourire. Alors je m'endors sereine.

[Tout cela n'était qu'un rêve.]

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[Ce jour là]

Comme j'aime errer le long des quais de Paris. Juste me retrouver face à
toute cette douceur, si lointaine de la capitale qui grouille de monde
chaque jour. On est encore l'hiver, mais la fin se fait proche. Mon portable
en mode vibreur, se tient au chaud dans la poche de mon jean qui me sert. Un
peu trop d'ailleurs. Il faudrait que je songe a stopper davantage les
cochonneries.
Les péniches défilent lentement sur cette eau livide qu'est celle de la
Seine.  Au loin, la cathédrale Notre Dame me fait de l'oil. Il faut avouer
qu'elle a de la  prestance, la  madame. .  Je profite de ces instants qui
s'offrent à moi. Je suis en osmose avec moi-même, à la limite de l'euphorie
tellement ces secondes me paraissent être les plus délicieuses, en ce début
de journée.
Mon gros manteau beige me protège du froid. Les cheveux qui s'emmêlent, et
se démêlent au souffle du vent. Les mains qui deviennent glacées sous
l'effet de cette température si basse. Je m'arrête dans un café. Du monde.
Du bruit. Un écart monstre entre l'extérieur et ici même. Je me fais
transparente. Les bavardages futiles des autres, racontant leur vie, leurs
derniers achats ou autres choses pas assez intéressantes pour moi, ne
m'attirent guère.  Je commande un capuccino. Avec beaucoup de mousse, si
possible. Les idées se recolleront tout doucement. Tout redeviendra précis.
Clair. Net dans mon esprit. Trois sucres. Et hop. Me voilà partie pour un
sourire. Je les regarde. Je les observe, eux. Ceux qui s'aiment. Ceux qui se
regardent avec Amour. Et je baisse les yeux. Parce que, d'un coup, je les
envie. Parce que d'un coup, je me sens seule. Et puis, de l'eau salée qui
coule délicatement sur mon visage. Une larme. Je rentrerais plus tard à la
maison. J'ai encore des tonnes de choses à faire dehors. Et puis, y'a les
courses. Sinon, je mange quoi ce soir ? . Je pense que je dormirais bien
cette nuit. Au moins j'aurais ressenti de l'envie. De les voir heureux. Avec
des sentiments dans les yeux.

C'était un mercredi comme les autres. La même ballade. Le même rituel. Comme
à chaque fois :
-Seule-

Posté par Stern à 20:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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